«Changement de direction» au Théâtre des Amis
Pierre Aucaigne a la tête de l’emploi. Quel emploi? Il faut voir. Tout dépend de ce que François Rollin, qui le dirige à la scène, lui a glissé dans le circuit neuronal.
On dit du comédien qu’il est fou. Ou même franchement frappadingue. Ce n’est pas tout à fait juste. Disons que dans un registre – celui de l’humour – qui n’arrête pas de s’enliser dans le vulgaire à répétition, Pierre Aucaigne ose l’improbable et le double salto verbal avec vrille. C’est son élégance et son génie.
Un directeur hystérique Dans Changement de direction !, Pierre Aucaigne campe un directeur de théâtre. Lequel doit présenter son programme. De toutes les tâches d’un directeur de théâtre, c’est sans doute la plus ingrate. Parce que le spectateur, ingrat lui aussi, ne vient que pour les petits-fours. C’est cette idée, et cette idée seule, qui lui permet de rester éveillé pendant la présentation.
Avec notre homme, dont on ne dira jamais assez qu’il est né à Barcelonnette en 1960, le rituel vire à la farce compulsive. Parce que Pierre Aucaigne joue autant des mots que de son corps. Avec un rare sens de la mimique. Selon son humeur, Pierre Aucaigne peut être tour à tour Serge Sardou, Michel Lama, Pierre Aucaigne ou encore ce type bizarre qui s’agite sur la scène. Essayez: ce n’est pas facile…
Depuis longtemps, les Belges sont convaincus que Pierre Aucaigne est Suisse. Les Suisses, eux, pensent que Pierre Aucaigne est Appenzellois. Quant aux Appenzellois, ils n’en pensent rien et c’est regrettable. Il faut dire que Pierre Aucaigne a fait beaucoup d’émissions de télé en Belgique, même si ce Plat Pays n’est pas le sien, et beaucoup de montagne en Suisse, même s’il a plutôt le pied marin. Pour autant, Pierre Aucaigne est bien Français.
Chansonnier, comédien et névropathe, Pierre Aucaigne est également le scénariste de Cubitus, chien mythique de la BD. Evidemment, ça n’a rien à voir avec le spectacle qui vous attend aux Amis, mais il faut bien qu’un journaliste ait un os à ronger. Pour le reste, comme l’a dit un jour Patrice Laffont, qui a des lettres mais aussi quelques chiffres, «Pierre Aucaigne a la présence des plus grands avec la fragilité des plus humbles». C’est beau comme du Pierre Aucaigne…